Hell Botcho – Interview d’Alex Telliez-Moreni pour la sortie de The Moon Waits

De passage à Toulon, j’en ai profité pour aller discuter avec Alex Telliez-Moreni, fondateur du label Toolong Records. Hasard du calendrier, il revient sous le nom de Hell Botcho avec un format assez atypique : des morceaux qui sortent au gré du vent, sans album ni réel single.

Hell Botcho The Moon Waits

Hell Botcho, une formule plus libre et flexible

Le projet Hell Botcho n’est pas ancré dans le traditionnel format single/album/promo/concerts. Avec cette nouvelle formule, plus libre, plus flexible, Alex Telliez-Moreni se donne l’occasion de saisir des opportunités, de faire ce qui lui plaît, quand ça lui plaît. Pas bête après tout, surtout quand c’est toi qui as fondé le label. Il sort aujourd’hui un nouveau morceau : The Moon Waits. Un titre calme et mélancolique, où le sens de la pop qu’on lui connaît est toujours présent, mais plus planant, le tout posé sur un clip très esthétique. A découvrir un peu plus loin dans l’interview.

Parle-nous de ton nouveau projet Hell Botcho… Comment es-tu passé El Botcho à Hell Botcho ?

Cela fait maintenant quelques années que ce pseudo est né. J’ai commencé la musique avec mon ami artiste et musicien Benoît Bottex sous le pseudo de Botch, que j’ai transformé en El Botcho quand je me suis mis à bricoler de la pop seul en home-studio. Puis El Botcho est devenu un groupe pendant 4 années.

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Hell Botcho, de l’improvisation expérimentale au concert folk

Le nom ne m’appartenait plus. Un jour, ce même ami m’a proposé de faire une performance dans le festival de dessin contemporain qu’il a co-créé, à Toulon, le Festival Vrrraiment. Il a donc fallu trouver un nouveau nom en urgence. J’ai choisi Hell Botcho, pour garder la même racine, et m’inscrire dans une continuité. Hell, car dans mon esprit il s’agissait de créer un projet qui me permette de m’affranchir de tous les codes la pop et de faire sortir le sheitan qui sommeillait en moi. Depuis, d’autres opportunités de concerts ou autres propositions en solo se sont présentées C’est resté un moment un side project, puis mon groupe El Botcho s’est arrêté.

J’ai alors décidé que derrière ce pseudo, je pourrai faire à peu près tout ce qui me plaît, sans limite de style, de l’improvisation expérimentale au concert folk en passant par des créations vidéos ou des commandes. Ce qui est nouveau donc c’est que je prends ce projet au sérieux en lui accordant du temps.

Tu dis vouloir t’affranchir des codes de la pop, mais finalement, ne serait-ce pas une nouvelle tendance ? Pas mal de groupes sortent des EP, ou des singles sans albums (je pense à Noel Gallagher).

C’est vrai que c’est une tendance. Mais autant c’est facile pour les artistes connus, dont les fans sont à l’affût de la moindre sortie, autant ça reste ultra compliqué pour un groupe en développement d’intéresser les critiques et le public sans passer par la case album, tournée, promo etc., à moins d’être sur une proposition alternative super originale.

C’est ce systématisme suranné, que je reproche aujourd’hui à l’industrie musicale, et que je formule aussi comme une auto-critique, puisque c’est le modèle que j’ai choisi de reproduire avec mon label Toolong Records. Mais j’essaie aujourd’hui de m’en défaire progressivement.

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La Sainte Trinité Hell Botcho : les Beatles, Nirvana et Beck

Sur ces morceaux, on sent le projet plus introverti, moins gai (vs El Botcho). Est-ce une simple envie/rapport à ta vie, ou alors parce que tu as été influencé par d’autres ambiances musicales ?

Ce n’est pas calculé en tous cas. Et quoique je fasse comme projet, j’ai l’impression qu’il y a toujours une trinité qui ressort à travers mes 3 influences majeures : les Beatles pour l’amour des mélodies et des refrains entêtants, Nirvana pour la manière de poser la voix et certains enchaînements d’accords de guitare, et enfin Beck pour le songwriting folk. Cela dit, je reste à l’écoute de nouvelles influences et on a la chance à Toulon en ce moment de baigner dans une vraie contre-culture avec des propositions qui sortent des cadres mainstream dans des lieux alternatifs comme le Metaxu ou la Villa Cool.

Deux assos sont particulièrement dynamiques et m’ont fait découvrir des artistes incroyables dans des styles que je n’écoute pas spontanément : l’Eclectique pour le côté post-punk, hardcore et Deprofundis Event pour le côté métal et folk.

On a aussi des concerts et des festivals extras : Rockorama (aujourd’hui Mocko), le Pointu Festival, Rade side et le défricheur Midi Festival. Puis je continue à écouter beaucoup de musique.

En ce qui concerne le côté moins gai, j’abordais déjà des thèmes tristes avec El Botcho. C’est peut-être plus affirmé sur ces deux titres car ils sont à la fois très personnels dans l’écriture et sobres dans la composition. The Moon Waits tourne sur 3 accords.

Tu attaches une grande importance à l’esthétique dans les clips. Raconte-nous ton approche « graphique ».

Au-delà des clips, l’univers graphique est hyper important. L’intérêt majeur d’un label aujourd’hui, il me semble, c’est de mettre en avant une esthétique avec un propos derrière. Avec ma formation de géographe, j’ai une approche particulière de l’espace et je suis préoccupé par les questions environnementales. Je considère qu’il faut renouer avec une approche sensible et poétique du territoire pour lui porter l’attention qu’il mérite. Souvent ce n’est pas prémédité, mais j’ai l’impression que cela transparaît dans l’iconographique que l’on propose et qu’il y a une unité qui se dégage. Un style si j’osais.

Toolong records logoRécemment un journaliste me faisait remarquer qu’il y avait presque toujours de la végétation sur les pochettes des groupes du label. Avec l’agave en fleur que j’ai choisie comme logo, cela fait sens.

D’habitude les clips sont plutôt référencés et ancrés dans une culture pop. Pour The Moon Waits, je voulais m’affranchir du réel et invoquer un esprit de la forêt. J’ai confié le projet à l’artiste plasticienne Léna Durr, qui est aussi ma compagne. Nous avons utilisé un masque indonésien de danse Topeng, qu’elle avait chiné aux puces et nous avons fait le tournage en Lozère. J’adore le résultat. On est invité à le projeter sur grand écran fin mars, dans le cadre d’une soirée de courts métrages. J’ai hâte.

Hell Botcho au sein du label Toolong Records

Comment vois-tu Hell Botcho au sein du label ? N’est-ce pas compliqué de gérer ce projet sachant que c’est le tien, au milieu d’autres artistes dont tu fais la promotion ?

C’est grâce à l’expérience du premier album d’El Botcho que j’ai monté le label, donc ça fait sens. Par ailleurs les concerts et performances que je fais avec Hell Botcho me permettent d’alimenter la trésorerie du label. Ce sont des recettes que je réinvestis dans d’autres projets. La seule difficulté à laquelle je dois faire face c’est la gestion du temps. Mais après l’expérience de l’album de Cuverville, auquel je n’ai pas consacré assez de temps et d’énergie pour lui donner sa chance, j’ai décidé que j’allais m’occuper un peu de moi.

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Je suis bénévole au sein du label, il faut donc trouver le juste équilibre sinon je risque de m’épuiser. Récemment j’ai été confronté à une décision très difficile. Il a fallu que je renonce à produire l’album d’un groupe que j’aime beaucoup artistiquement, et sur lequel j’avais commencé à m’engager, juste par faute de temps. Ça a été très compliqué, mais je savais qu’il fallait que je m’y tienne, car à trop vouloir faire plaisir on peut vite se retrouver débordé et, in fine, créer des déceptions. Avec l’expérience, j’apprends à dire non.

La facilité avec Hell Botcho, c’est que je ne m’impose pas de calendrier figé comme peut l’être celui d’une sortie d’album. J’essaie d’être plutôt réactif aux opportunités qui se présentent, comme par exemple, récemment, la sollicitation d’un ami artiste et musicien qui co-produit un fanzine musical du nom de Dépose Minute, pour faire 6 morceaux avec comme seule contrainte le thème « miam miam ». Le résultat est un genre de porn bio food contestataire et décalé, plus proche de Katerine que de Beck. Si j’avais eu un projet d’album en cours, je n’aurais jamais pu y consacrer du temps.

A l’heure du streaming et de la consommation minute, comment souhaites-tu te promouvoir, là où un support physique comme le vinyle permet peut-être aussi de se poser un peu plus. Mais c’est un budget. Comment vois-tu les choses ?

Justement avec Hell Botcho, je veux également m’affranchir du support. Fabriquer un vinyle, c’est un luxe. Cela prend énormément de temps, c’est très coûteux et cela répond à un marché de niche. A ce jour, ce ne sont pas les ventes de disques qui financent les sorties du label. Et je ne suis pas un cas isolé. Il faut être conscient que beaucoup de sorties dépendent d’aides publiques de collectivités et de sociétés civiles. J’essaie d’éviter ce modèle car il est super lourd à gérer et je considère qu’il est à bout de souffle. Heureusement, j’ai choisi d’avoir un travail à côté de la musique, ce qui me permet de ne pas être soumis à des impératifs financiers. Je dois juste trouver un équilibre entre les dépenses et les recettes. Donc pour Hell Botcho, j’essaie avant tout de me faire plaisir. J’ai eu de supers retours sur The Moon Waits. J’espère que le morceau et son clip vont rencontrer leur public.

Quels sont tes coups de cœur du moment ?

Dans mes coups de cœur il y a évidemment le nouvel album de The Crumble Factory, qui sort sur le label le 24 avril prochain, en coproduction avec le Pop Club Records sur le vinyle. C’est un album à la fois frais et complexe, qui ravira les fans de Weezer, The Pixies, ou Teenage Fanclub.

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Sinon j’ai récemment découvert Catherine Baseball, grâce à Clément et Marion de l’association l’Eclectique. C’est un groupe de Rennes, genre post-pop un brin math-rock. Je les ai vus en live à la Villa Cool et c’était génial. J’ai eu le sourire tout le concert. Et depuis j’écoute leur album et leur EP. J’ai hâte qu’ils enregistrent les titres que j’ai entendus en live.

Merci à Alexandre de Toolong pour cette interview complète.

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