Nada Surf, de Popular au dernier album, analyse d’une discographie impeccable

Nada Surf 2020

Nada Surf, popular ?

A l’inverse du single qui l’a fait connaître (Popular, faut-il le rappeler ?), le trio power pop Nada Surf connaît une carrière plutôt discrète, suivie de près par des fans séduits par la qualité de la discographie du groupe new-yorkais. En effet, le groupe s’est retrouvé propulsé sur le devant de la scène rock en 1996 à coups de matraquage de leur vidéo sur MTV, devenant ainsi les nouveaux talents power pop de rock américain du moment. Pourtant, cette grosse exposition médiatique d’un titre joué à tous les concerts (et devenu un classique) est bien loin de ce qu’est le groupe aujourd’hui.

Ce tube représente certes leur premier album, mais absolument pas la carrière qui va suivre avec une discographie impeccable, même si certains trouvent que le Nada Surf perd son côté créatif. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a une homogénéité dont pas mal de groupes de rock alternatif pourraient s’inspirer. Pas de mauvais album(s), pas vraiment d’album au sommet, si ce n’est Let Go, considéré par les fans et le chanteur Matthew Caws lui-même comme le meilleur album du groupe.

Never Not Together, homogénéité incarnée

Nada Surf - Never Not TogetherLes nouveaux morceaux de Nada Surf Not Never Together ne dérogent pas à la règle. Dans la lignée power pop de ce que les new-yorkais savent faire de mieux, l’album déroule les morceaux avec la même fluidité, une production toujours impeccable et jamais gonflée, une certaine sobriété qui n’empêche heureusement pas l’efficacité des compositions. Autre élément important à mentionner, la voix de Matthew Caws, reconnaissable entre mille, ne bouge presque pas malgré les années. Le chanteur américain est d’une constance assez étonnante.

Mais voilà, derrière ce tableau très flatteur, Nada Surf ne deviendrait-il pas un peu lassant ? Le genre le bon élève, qui fait ce qu’il sait faire de mieux, sans vraiment se remettre en question, avant d’entamer une petite tournée. C’est l’impression que m’a donnée Never Not Together sur les premières écoutes, peut-être parce-que j’ai trop l’image d’un trio power-pop. Et pourtant…

Si certains entendent pas mal la basse de Peter Hook, j’y vois plutôt du Teenage Fanclub (Come Get To Me, Ride in the Unkown) ou du… Nada Surf. On a vraiment l’identité sonore du groupe.

Quelques aspects nouveaux font tout de même une apparition discrète, comme Looking for you, un morceau ternaire avec des arpèges, ça change un peu. Idem pour Crowded Star qui aurait pu être un titre power pop et qui reste du côté balade, et c’est très réussi. On appréciera une présence assez marquée du piano et des synthés, apportant une touche un peu nouvelle, une profondeur encore un peu plus intéressante (Live Learn and Forget, So Much Love). L’enregistrement aux Rockfields studio, au Pays de Galles aurait-il laissé une partie des claviers des Simple Minds ? Pas tout à fait, même si on se réjouit de savoir que ce studio a vu sortir d’excellents albums comme les deux des Stone Roses, 1977 de Ash, ou encore Crocodiles de Echo And The Bunnymen. Never Not Together ne ressemble toutefois à aucun de ceux-là.

Nada Surf semble aussi vouloir se repencher sur son passé. L’allusion à Popular sur Something I should Do avec tout son passage parlé, est clairement revendiquée et assumée par Matthew Caws. De là à parler d’un nouveau Popular, non. Car si la citation est évidente, Popular a ce refrain brut et fédérateur qui reste une marque de fabrique de ce tube. Le son d’un rock brut n’existe d’ailleurs plus chez Nada Surf. Si les chansons du premier album trouvent plus rarement leur place dans les concerts de Nada Surf, ce n’est pas vraiment un hasard, même si Popular est régulièrement jouée. Le groupe a désormais un son qui lui est propre, mélodique, parfois mélancolique, bien loin des titres de High/Low. Cela n’empêche toutefois pas une belle ampleur sonore en concert ou sur album. (Je ne les ai vu qu’une fois, à Paris en 2010 sur la scène du festival Fnac Indétendances)

En 2012 sur The Stars Are Indifferent to Astronomy, Nada Surf affichait pourtant un retour à un son puissant (Clear Eye Clouded Mind, No Snow On The Mountain), ce qui n’était pas le cas de son successeur, You Know Who You Are en 2016 où la guitare acoustique se faisait plus présente sur plusieurs titres, comme sur Believe You ‘re Mine.

Waiting for Something, extrait de The Stars Are Indifferent to Astronomy :

Never Not Together s’affiche donc plus varié, gardant toutefois une cohérence globale qui semble vouloir le pousser parmi les meilleurs de la discographie de Nada Surf. La présence du piano évoqué plus haut est peut-être dû à Let Go, album pour lequel le groupe a fêté les 15 ans lors d’une tournée  de concerts en 2017. Let Go laissant une place importante au piano, Nada Surf était dans cette dynamique pour ce nouvel album.

Le meilleur album de Nada Surf est Let Go

L’album Let Go est un tournant dans l’histoire de Nada Surf. Il est considéré par les fans et le groupe lui-même comme le meilleur album de Nada Surf. Si l’album est sorti du lot, c’est notamment car il représente la période où Nada Surf s’est vraiment trouvé. Peut-être dû au flair de Josh Rosenfeld de Barsuk Records, label indé de Seattle sur lequel Nada Surf avait signé. Rosenfeld n’avait jamais entendu Popular, à la signature, ni même après. Incroyable.

Preuve de l’investissement artistique, Barsuk Records a hébergé Nada Surf par rapport à leur musique, à la qualité des démos de Let Go et non l’attirance du succès de Popular. Let Go marque pour Nada Surf un virage où le groupe a trouvé son identité musicale, définitivement installée sur l’album suivant The Weight Is A Gift (2005), porté par le single Always Love ou des titres plus tranquilles comme What Is Your Secret.  Neither Heaven nor Space ou Blonde on Blonde sont des exemples de titres qui font passer Nada Surf dans un style plus apaisé, très bien écrit, moins rock power-pop.


Let Go, un enregistrement insolite

L’enregistrement du troisième album de Nada Surf Let Go est pourtant assez insolite : le groupe voulait travailler avec Fred Maher, alors basé en Californie. Faute de moyens, Nada Surf a donc traversé les Etats-Unis de New-York à la Californie en vendant des t-shirts et CD pour financer la production de Let Go. Ils se pointent donc avec des billets de 1 et 5 dollars pour payer la production de l’album ! Au même moment, Fred Maher se voit offrir la production d’un album de Korn, autrement plus coûteuse. Il a juste le temps de retravailler la basse, et Nada Surf se retrouve donc sans producteur. Chris Fudurich, qui avait produit The Proximity Effect, se charge de sauver les meubles, mais il n’y avait personne pour vraiment superviser l’ensemble, qui a donc été mixé par des personnes différentes.

Côté compositions, le groupe a fait appel à Chris Walla de Death Cab For Cutie pour les aider à avoir une nouvelle façon de voir les choses. Let Go a été écrit comme de multiples bouts de morceaux, des accords, des idées, que Nada Surf a ensuite compilés pour en faire des morceaux logiques et construits. Là où Chris Walla a justement pu les débloquer ou les faire travailler autrement : prendre juste la basse et la batterie et de réimaginer les accords de guitare. Une façon très intéressante de travailler qui offre au final un album extrêmement bien écrit, varié, tantôt énergique, tantôt mélancolique. Une référence.

The Proximity Effect : Nada Surf assume ses choix

Si le style de Nada Surf est plutôt power pop raffinée, quoi qu’affiné sur Let Go, le son qui les a fait connaître est plus brut. Sur The Proximity Effect (1998) aussi d’ailleurs. Au moment de démarrer cet album, Nada Surf se retrouve donc avec Popular qui lui colle aux guitares. Le label de l’époque, Elektra (label américain qui a notamment hébergé les Doors, Queen ou les Stooges), savoure sans doute d’avance un succès répété avec le deuxième album. Mais quand Nada Surf lui fait écouter The Proximity Effect, le label fait la moue, propose de réenregistrer les chansons, de faire notamment une reprise de Why Are You So Mean To Me? du groupe américain Vitreous Humor pour la sortir en single.


Nada Surf n’avait rien demandé, c’est juste le boss d’Elektra qui aimait l’originale et voyait en l’adaptation de Nada Surf un single sans doute planétaire. Nada Surf doit remballer sa fierté d’avoir écrit un très bon album mais tient tête, conscient que la collaboration avec Elektra sera tout sauf fructueuse. Les  nouveaux morceaux sont très bien comme ça, l’album est complet. Rage d’Elektra qui décide de ne pas sortir l’album et rompt le contrat. Nada Surf veut garder son identité, ne veut pas se voir dicter ses choix. Bien mal leur en a pris. En affirmant ses choix, Nada Surf se construit son identité musicale et s’affranchit tout doucement de l’étiquette « trio power pop ».

Nada Surf, une identité musicale

Définitivement installée sur The Weight Is A Gift, l’identité musicale de Nada Surf s’affiche clairement comme le fer de lance de la power pop de bon goût. L’album Lucky est aussi un bel exemple du genre. Désormais signé sur le label berlinois City Slang (Caribou, Tindersticks, Lambchop, Timber Timbre), Nada Surf trouve une nouvelle façon de fonctionner, privilégiant la musique à la notoriété. City Slang n’a jamais eu pour ambition de les rendre populaires. L’équilibre est partagé et tout le monde se satisfait d’un volume de ventes qui serait dérisoire chez une major. Nada Surf serait bel et bien un groupe mineur chez une major, mais se revendique comme un gage de qualité musicale dans la sphère indé comme le prouve son impeccable discographie.

La discographie impeccable de Nada Surf

Voilà la discographie entière de Nada Surf, qui est très complète :

  • 8 albums studios entre 1996 et 2020 (sans compter l’album de reprises, If I Had A Hi-Fi)
  • 2 lives (Live in Brussels, 2004 et Live at the Neptune Theatre Seattle, tournée 2012
  • 1 album de faces B (B-Sides, 2002, dont pas mal de versions acoustiques des face A)
  • 1 album de reprises (If I Had A Hi-Fi, 2010)
  • 1 album avec grand orchestre (Peaceful Ghosts, 2016 avec le Babelsberg Film Orchestra)
  • 1 album de démos (North 6th Street en 1999, regroupant les démos de High/Low et The Proximity Effect, accompagnés de 5 titres inédits et une reprise d’Iggy Pop)

Pour ceux qui ne sauraient pas par quoi commencer, vous pouvez piocher dans tous les singles : Inside of Love et Always Love en tête.

Les concerts de Nada Surf en France :

La bande de Matthew Caws fait donc, comme souvent, une tournée en France, et sera sur scène notamment à Lille et Paris. Si vous n’avez pas encore vos billets… Il faut savoir que Matthew Caws et Daniel Lorca, à l’origine du trio, se sont rencontrés au lycée français, ce qui crée une affinité avec notre pays. Ils parlent d’ailleurs parfaitement français. Popular y a d’ailleurs été classé numéro 10, soit le meilleur classement du titre, tous pays confondus.

  • Nada Surf à Lille : 26 février 2020, Le Splendid (Lire la chronique : Nada Surf Lille Splendid)
  • Nada Surf à Strasbourg : 28 février 2020, La Laiterie
  • Nada Surf à Rennes : 29 février 2020, Le Mem
  • Nada Surf à Lyon : 2 mars 2020, Le Transbordeur
  • Nada Surf à Toulouse : 3 mars 2020, Le Bikini
  • Nada Surf à Bordeaux : 9 mars 2020, Le Krakatoa
  • Nada Surf à Paris : le 11 mars 2020, La Cigale
  • Nada Surf à Morzine : le 18 mars 2020 (Rock The Pistes Festival) (Sympa le concert public depuis un télésiège !)

On retrouvera les dreadlocks de Daniel Lorca et le t-shirt rayé de Matthew Caws lors de festivals cet été : Beauregard le 5 juillet, et Musilac le 13 juillet (Aix Les Bains)

Et si c’était aussi l’occasion d’avoir un petit set acoustique improvisé devant la salle, dans la rue ou alors au milieu du public ? J’adore ces versions acoustiques, avec la simplicité bien sûr, qui prouvent bien la qualité des compositions, mais aussi le plaisir de Matthew Caws.




>A lire aussi : Nada Surf, chronique du concert de Lille (Splendid, 26/02/2020)

 

Vous en voulez encore plus sur Nada Surf ? Les chroniques de leurs albums sur W-Fenec vont donneront un bon aperçu de la discographie du groupe.

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