Le quintette Suede était de passage hier soir sur la scène de l’Olympia pour son unique date française. Le groupe au top de sa forme discographique et scénique a livré un set ultra énergique, pied au plancher devant un Olympia sold-out.
Mon neuvième concert de Suede
Que dire de Suede en 2026 quand c’est un groupe qu’on suit depuis 30 ans ? On pourrait penser que les années se suivent et se ressemblent (et c’est sans doute un peu le cas). Pourtant, la donne est un peu différente.
Pour le contexte personnel, voilà presque deux ans que ce blog est en pause sans raison valable, sans réelle lassitude pourtant. La reformation triomphale d’Oasis, le retour de Pulp, les tournées de Supergrass, le retour sur scène de Radiohead, la mort de Brian Wilson n’y ont rien changé. Le retour discographique de Suede en septembre avec l’excellent Antidepressants non plus. Pourtant, à l’annonce de leur venue à Paris, je n’ai pas hésité à prendre ma place dès la prévente AEG. Concert complet quelques mois plus tard. Merseyboy a eu du flair.

Et pourquoi donc un live report ? Parce que Suede est un groupe avec qui j’ai une affinité particulière. Dans les petits papiers de Moving, le fanclub français peu après les débuts (coucou Chris, Seb, Boubou et la bande), je collectionnais ce qui tournait autour du groupe et il m’a fallu attendre novembre 1999 pour les voir sur scène pour la première fois, avec les Super Furry Animals en première partie. Sur la scène de l’Olympia… Une claque ! Une claque sonore car j’avais assisté à seulement quelques concerts auparavant (quelques Black Session chez Bernard Lenoir avec les Posies, les Longpigs, Pulp, Compulsion de mémoire), Echobelly au Divan du Monde, The Charlatans à la Maroquinerie la veille de l’Olympia. Je me souviens encore de ces éclairages violets sur les rideaux d’arrière-scène, formant des sortes de colonnes lumineuses. Et un son très puissant, très clair. Et j’ai découvert la bête de scène qu’est Brett Anderson. Et quand on y goûté une fois… Difficile de s’en passer. Cet Olympia 2026 est donc mon neuvième concert de Suede (le dernier en date datait de 2022 à La Maroquinerie) et je n’imaginais pas ne pas en laisser une trace écrite sur ce blog qui représente 15 ans de ma vie… et quelques concerts de Suede.
Suede fait partie de ces groupes qui durent depuis leurs débuts en 1993, avec le même line-up. Et surtout qui affiche une excellente discographie. Non je ne reviendrai pas sur l’album boudé A New Morning, le sujet n’est pas là. Suede, c’est une machine à tubes qui deviennent intemporels. Les nouveaux tubes que sont Trans State, Dancing With The Europeans ou She Still Leads Me On n’ont pas à rougir face aux classiques Metal Mickey, Trash ou Beautiful Ones qui sont joués à quasiment chaque concerts depuis 30 ans.
Quelle setlist quand on a que des tubes ?
Donc Suede se retrouve face à un dilemme : quel tube jouer à chaque concert ? Quand on a des tubes à la pelle comme Suede, pas facile de choisir lesquels jouer. C’est justement l’une des forces de Suede : jouer plus de 40 morceaux différents sur la même tournée. Ca prouve la profondeur de leur répertoire (qui n’est pas à prouver !) et l’envie du groupe de ne pas faire des concerts copiés/collés.
C’est donc dans un Olympa complet que se présente Suede et le concert sera à la hauteur des espérances. Même avec le pied cassé (en 2003), Suede ne m’a jamais déçu, d’où ce goût de reviens-y. Alors que passent les Ramones, Cure ou les Smiths, la couverture du dernier album est déployée sur le rideau de fond. Aussi sur les hauts du balcon. Malgré la foule assez dense, je parviens à me poser assez devant pour profiter du concert. Pas envie d’être blasé, envie de vivre le truc à fond, même si je sais que je suis un peu loin pour les bains de foule de Brett. 20h55, le public s’impatiente. Rebelotte 3 minutes plus tard. Finalement, le groupe monte sur scène à 21h précises.

Les deux derniers albums à l’honneur
Le concert met à l’honneur les deux derniers albums, logiquement. Desintegrate est une super entrée en matière. Mais que se passe-t-il niveau son ? On entend à peine la guitare de Richard ! Même au global, le son n’est pas assez fort ! Ce n’est pas pour jouer le rebelle qui veut des concerts super fort, mais juste le volume adéquat pour que ça sonne lieux que dans mon salon ! Un comble pour Suede. Et pour l’Olympia.
Brett fait une entrée sur scène tonitruante. Il se montre très vite déchaîné dans son jean noir et sa chemise bleu marine. Il ne faudra pas attendre longtemps pour qu’il harangue la foule.
Les morceaux du nouvel album sont de véritables hymnes. Sorti en septembre, on a eu le temps de les apprivoiser en version studio. Mais soyons réalistes : quand Brett nous dit : « In Suede world, we’re the lovers on the streets. In Suede world, we’re the litter on the breeze« , le public a bien compris ce qui arrivait et le groupe lance l’inévitable hymne Trash, extrait du troisième album, Coming Up (1996). Le sol de l’Olympia tremble, toute le monde chante, sautille. La recette fonctionne toujours aussi bien.
Neil, fidèle a sa posture depuis 20 ans, ne sourit pas. Matt à la basse n’a rien perdu de son déhanché et assure évidemment la section rythmique à merveille avec Simon derrière sa batterie violette. La même depuis un paquet d’années.
Les méga tubes suivent : Animal Nitrate avec les éternels « oh oh oh », les poses de Brett qui claque des mains de profil, puis directement après, Brett descend dans la foule pour The Drowners. Il adore les bains de foule, on le sait. Tout le monde se rapproche pour le toucher ou le filmer. Il adore ça, ne cesses de sourire, prend son pied comme à chaque fois. Le public aussi. Personality Disorder prend vite la suite avant la première accalmie de ce concert.

Brett s’allonge sur le dos, sur le devant de la scène et entame The Two of Us. Super version. Et finalement ce sont les 2 titres de Dog Man Star (1994) qui seront les moments calmes, avec The Wild Ones plus tard, Brett seul sur scène avec Richard à la guitare acoustique.
Un concert pied au plancher
Mais Suede aime quand ça bouge et le calme répit sera vite suivi par le costaud Turn Off Tour Brain and Yell. Pas mon titre préféré, mais ça fonctionne bien sur scène. Je trouve toujours le son très moyen, la guitare très en retrait. Quel dommage. Clairement je n’ai pas entendu la même chose que dans cette vidéo.
Brett ne ralentit pas. Au contraire, il en demande encore plus au public en lançant : « je ne peux pas écouter. Je ne peux pas écouter » en mettant sa main sur son oreille pour embarquer le public. Son effort de français est touchant. On a bien compris qu’il voulait nous dire : »Je ne vous entends pas« .
Avec Filmstar, le public est bien là. Puis suit Can’t Cet Enough ! Super surprise d’avoir ce titre que je n’avais pas entendu en live depuis des années. Sur le concert de 1999 à l’Olympia, ils avaient débuté avec ce titre. Brett est en feu, lance des « donnez-moi la main » à répétition.

June Rain fait office de pseudo accalmie, mais ce titre monte en puissance. Puis Brett lance en français : « Cette chanson est pour toutes les mamans. Toutes les mamans » pour envoyer She Still Leads Me On, titre qu’il a écrit en hommage à sa mère. Des mamans, il y en a dans la salle. Parfois même avec leurs enfants. Eh oui, time goes by… Les titres récents s’enchaînent (Shadow Shelf et l’excellent Trans State où Brett revient dans la foule) avant la pause acoustique de The Wild Ones évoquée plus haut, Brett chantant même acapella sur la fin. Juste avant il nous dit : « Try to live the moment, just be there and sing along”. Peut-être une allusion à lâcher les smartphones pour profiter.
Quelle surprise d’avoir Everything Will Flow juste après. Même période que Can’t Cet Enough et ce sera les 2 titres extraits de Head Music. L’artwork en fond affiche 2 visages avec casque, en clin d’oeil à la pochette de Head Music.

Suede : so young
Puis le groupe balance So Young, titre inaugural du premier album. Et qui va toujours aussi bien à Brett. Du haut de ses 58 ans, Brett semble toujours aussi jeune, son énergie est intacte. La genouillère au genou ou droit dissimulée sous son jean moulant ne semble affecter en rien son énergie. L’incontournable Metal Mickey le prouve juste après, public totalement acquis à sa cause.
On sent la fin approcher, Brett lance les « la la la » qu’on a bien reconnus : Beautiful Ones. Confirmation que le son n’est toujours pas à la hauteur : on n’entend absolument pas le solo de Richard !
Brett s’adresse à nous en disant : « Paris, you’ve been beautiful » et le groupe quitte la scène.
En guise de rappel, une fois revenus sur scène, Brett annonce qu’il ne savait pas où placer le morceau qui suit dans le set. C’est le récent single Dancing With The Europeans qui confirmera à Brett que ce morceau a déjà une allure de hit de scène.
Enfin, est-ce que ça pouvait en être autrement un samedi soir, Brett demande : « What is the day today ? » et on se doute que ce n’est pas pour lancer la face B Every Monday Morning Comes mais bien pour clôturer avec Saturday Night, extrait de Coming Up (1999). Et cette fois, on entend vraiment la guitare ! Dommage, comme diraient les Smiths : I Know it’s over.
La frustration du son ne reproche en rien la super performance de ce groupe si attachant. Brett Anderson est indéniablement un frontman hors pair et terriblement généreux avec son public. On se demande combien de temps le groupe pourra maintenir ce rythme. En tous cas, c’est le cas depuis plus de 30 ans. Profitons-en ! On est allé ensuite à la sortie des artistes pour tenter de discuter un peu. On n’aura vu que Richard, les autres étant sortis par une autre sortie, selon la sécurité. Dommage.

Liens utiles :
Suede à la Maroquinerie (2022)
Suede à La Cigale (2018)
Suede à La Cigale (2016)
Suede à La Cigale (2013)
Suede à l’Elysée Montmartre (2010)



