Garciaphone – Dreameater – Quand Elliott Smith rencontre les Pixies

garciaphone-dreameaterjpgGarciaphone est un groupe français auteur de merveilleuses chansons dotées d’un sens du songwriting inspiré autant d’Elliott Smith, des Pixies que de Sparklehorse. Le deuxième album qui sort aujourd’hui est incontestablement l’une des réussites de l’année.

Reprise de Sparklehorse

Parlons franchement : j’ai écouté ce nouvel album de Garciaphone une bonne trentaine de fois ! Mais comment en suis-je arrivé là ? Un artiste quasi méconnu, et pourtant… Preuve évidemment qu’il fait bon de sortir des sentiers battus.

En réalité, Garciaphone n’est pas méconnu. Il faut remonter à 2013 et c’est à l’époque dans la très bonne maison Talitres qu’on retrouvait Garciaphone. On y découvrait un groupe auvergnat qui ressemblait au meilleur du rock indé américain. Je garde d’ailleurs un très bon souvenir de leur concert de l’époque au Nouveau Casino à Paris où le groupe avait terminé sur une reprise de Sparklehorse. Un gage de qualité évidemment, d’autant plus qu’il s’agissait de Hammering The Cramps sur l’excellent premier album au titre à faire pâlir un compte Twitter : Vivadixiesubmarinetransmissionplot (1995). Ici en mode métro new-yorkais, et l’originale plus bas… !

Et donc à cette époque, Garciaphone sotrait son premier album, et ça ressemblait à ça :

Morrissey laughed

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt nos salers auvergnates. On les retrouve quelques mois plus tard sur une très underground et magnifique compilation : Vauxhall and Us réalisée par A l’Ecoute en hommage au plus bel album de Morrissey, Vauxhall and I. Le coup de cœur est immédiat, tant pour la compilation que la reprise de Garciaphone.

Courant 2017, un post de Vincent Théval de Magic (avant qu’il ne quitte le navire) annonçait qu’il avait écouté le nouveau Garciaphone et qu’il méritait plus qu’une oreille. Je n’avais pas tellement de doutes, encore plus quand Garciaphone partage l’affiche avec Andy Shauf en juin dernier. Bref, autant dire que l’annonce d’un nouvel album de Garciaphone s’amorçait sur un terrain très favorable. Et quelle ne fût pas ma chance de recevoir un exemplaire un mois avant sa sortie (merci Nicolas !). J’y découvre alors qu’en plus d’Olivier Pérez, la tête pensante de Garciaphone, un petit clermontois s’est aussi glissé dans le projet. Il s’agit de Zacharie Boisseau, connu il y a quelques années sous le nom de Zak Laughed, qui avait fait une très bonne impression sur son premier album, tout juste âgé de 15 ans !

Havre de paix du songwriting

Ce Dreameater porte bien son nom pour les images rêveuses qu’il diffuse. Cet album est un petit paradis de douceur, un havre de paix du songwriting qui aurait aussi pu séduire nos amis du label Toolong Records (El Botcho, Twin Apple, Skyers) ou les Toulousains de Popsisters (The Crumble Factory). C’est finalement une autre valeur sûre toulousaine (La Centrifugeuse) qui les prendra sous l’aile de la promo et l’indiscutable label Microcultures qui assure la sortie. Tout ceci est bien loin d’être un concours de name-droppping, mais il permet d’affirmer à quel point les bases de Garciaphone sont solides.

Elliott Smith, Sparklehorse, les Pixies…

Parlons enfin musique. Car niveau solidité, il y a aussi de la matière. Dès les premières notes, et notamment avec l’arrivée de la batterie, on reconnaît la patte de Garciaphone. Cette patte n’est pas facile à décrire, car elle se caractérise souvent par une batterie profonde mais discrète. Comprendra celui qui écoutera. On est immédiatement plongé dans un songwriting délicat où s’amorce l’ombre d’Elliott Smith qui hante ce disque, frappant sur I’ll Be A Riddle ou certains passage de A Hole In The Universe. Le début de ce titre rappelle d’ailleurs certaines prises de son de guitare de Mark Linkous sur le premier Sparklehorse évoqué plus haut (je pense à Homecoming Queen) avant de se terminer avec de malins triolets acoustiques. Bref, même si l’allusion à Elliott Smith semble inévitable (et que tout songwriter normalement constitué ne peut prendre que comme un très beau compliment !), la palette d’influences de Garciaphone est évidemment plus large. Je pense à Mark Eitzel, ou au meilleur groupe de Boston, les Pixies. On a parfois l’impression d’écouter les Pixies en mode dégrossi et acoustique. Avec tout le respect que je dois à Frank Black.


Oh Sleepless World rayonne par sa contrebasse lui apportant une légèreté grave qui lui sied à merveille. On se laisse bercer par ces petites notes de guitares se confondant au piano. Les voix sont parfaitement travaillées, la batterie d’une délicatesse parfaite. Alors que ce titre semble s’afficher comme la pierre angulaire du disque, il se voit très vite concurrencé par l’entraînant Deadstar et sa montée finale en crescendo, ses accords de piano piqués à A Day In The Life des Beatles. Très subjectif évidemment, mais j’y pense à chaque écoute ! Mourning Of The Day est aussi de cette trempe : il aurait pu aisément figurer sur un album d’Ultimate Painting sans que personne ne remarque rien. Un songwriting impeccable.

Certaines ambiances m’ont également rappelé le très bel album de Reza, un autre français que j’avais d’ailleurs aussi découvert par cette fameuse compilation en hommage à Morrissey. Jugez plutôt :

Pour autant, Dreameater ne fanfaronne pas sur ses lauriers. Heirmet s’octroie le risque d’arrangements de claviers dissonants finement trouvés et posés sur une rythmique variable. J’avoue avoir toutefois un regret sur ce morceau qui pourrait prendre une réelle dimension avec de vraies cordes et une guitare électrique noisy qui remplirait très bien son rôle. Là, j’ai l’impression d’entendre des fichiers midi. Dommage. Le final Dusk s’aventure à pas de loup sur quelques arrangements de « cordes » version piano et un final lugubre. On s’imagine avancer sur une route droite où le brouillard s’épaissit. C’est donc ça, nous voilà complètement entrés dans l’univers de Garciaphone, celui d’une production parfaite et d’une classe absolue. Bravo !
Garciaphone – Dreameater (Microcultures / Differ-Ant)

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